Saint Sulpice de Nully est une ancienne paroisse qui fut rattachée en 1801 à celle de Saint Hilaire lès Mortagne. Les communes de St Sulpice et St Hilaire ont été rattachées vingt ans plus tard en 1823 pour former le territoire de l’actuelle commune de St Hilaire le Châtel.
Vous connaissez sans doute « St Sulpice », ce petit hameau situé légèrement à l’écart de la RD 602 qui descend de la route de Moulins vers St Hilaire. C’était, il y a plus de deux siècles, le bourg de la paroisse de St Sulpice comprenant une vingtaine d’habitations avec sa petite église dédiée au saint du même nom.
Table des matières

Vous connaissez peut-être la rue « Nully » dans le bourg de St Hilaire. Elle porte ce nom en souvenir de la paroisse de St Sulpice et des seigneurs de Nully qui s’étaient établis sur ce territoire il y a plus de dix siècles.
Le nom de cette paroisse est donc né de l’association des noms du Saint patron de son église et des premiers seigneurs des lieux.


Seigneurs et seigneurie du lieu du XIIème siècle à la révolution
Les premiers seigneurs de Nully
Avec la plupart des vassaux des comtes du Perche, les seigneurs de Nully participèrent par des donations aux fondations religieuses du Perche au cours des XIè et XIIè siècle : abbayes de La Trappe, de Thiron, prieuré de St Denis de Nogent et léproserie de Chartrage à Mortagne. Ce sont les cartulaires et archives de ces établissements qui ont permis de découvrir ces seigneurs.
Le premier seigneur de Nully connu vivait à la fin du XIIè siècle et se prénommait Hugues :«Hugonis de Nuilleio», sans doute descendant d’une famille installée dans le Perche depuis des décennies ou des siècles.
En 1173, il fait don à l’abbaye de la Trappe (fondée en 1140) de la grange du Boulay (Soligny la Trappe), avec Guillaume de Poix et Hugues des Marais.
En 1194, Hugues de Nully fait don à la léproserie de Chartrage de Mortagne (fondée en 1090) d’un setier de seigle sur son moulin de Saint Hilaire et d’un setier de froment sur sa terre de Sainte Céronne.
En 1212, Barthélémi de Nully fait donation à l’abbaye de la Trappe de la dime de Tourouvre qu’il tenait de Nicolas de Nully, son parent, avec l’accord de Hamelin son fils et de Geoffroy son frère.
En 1248, Geoffroi de Nully approuve comme suzerain, la vente faite par les consorts Gastinelle, de droits sur la dime de Tourouvre. C’est la dernière information que nous possédons sur ces seigneurs de Nully. (1) (2)
En l’absence de documents sur cette famille seigneuriale au cours des siècles qui ont suivi, je n’ai pas retrouvé de descendance à Geoffroi, le dernier nommé en 1248. D’autre part, le patronyme de Nully était assez répandu à cette époque. Ce nom et ses dérivés (Nully, Nuilly, Neuilly) provenaient des paroisses portant le nom de Nully souvent devenues par la suite Neuilly (il existe 84 villes et villages portant le nom de Neuilly en France en plus de la ville de Nully en Haute Marne qui est à l’origine d’une importante famille de Nully).
A défaut de successeur connu, qu’en est-il donc advenu des terres de ces nobles seigneurs ?
Les seigneurs de St Sulpice
Les seigneurs de Nully possédaient des droits et terres dans plusieurs paroisses de la région et, quoiqu’aucun document ne l’atteste, ils devaient très probablement régner sur un territoire équivalent aux limites de la paroisse de St Sulpice qui, à cette époque, portait leur nom.
Il était d’usage que les nobles prennent le nom des fiefs sur lesquels ils étaient établis ou de la paroisse sur laquelle ils possédaient haute justice.
Or, au XIIIè siècle, le nom de « St Sulpice » n’apparait pas dans les écrits mais l’église et la paroisse portent bien le nom des seigneurs de Nully : «ecclesiam de Nuileio» et «parochia de Nuileio ». (3) (1) Les seigneurs de Nully ne sont d’ailleurs jamais apparus comme étant seigneurs de St Sulpice. Cependant, F Pitard, en 1877, sans doute par déduction, donne à Hugues de Nully, le titre de seigneur de St Sulpice. (4)
Quatre siècles plus tard, en 1699, un prétendu fief de St Sulpice, comprenant notamment l’église, le cimetière et le presbytère de la paroisse est inclus dans une mise en adjudication sur saisie du domaine de Mauregard. Les habitants de St Sulpice s’opposent alors à ce que les terres de ce prétendu fief de St Sulpice soient comprises dans cette adjudication de la seigneurie de Mauregard, déclarant que la presque totalité des terres de la paroisse sont en franc alleu et qu’ils ne reconnaissent comme seigneur que le Roi. (5)
En 1704, un procès verbal de visite épiscopale nous confirme que le Roi est désigné comme étant le seigneur temporel du lieu, désormais dénommé St Sulpice ou St Sulpice de Nully.
Comment les biens de l’ancienne seigneurie de Nully étaient-ils arrivés en possession des habitants, dépendant directement du Roi et non d’un seigneur local ? Sans doute qu’à défaut de descendant au décès du dernier seigneur de Nully, ces terres étaient tombées en déshérence et s’étaient retrouvées attachées à la couronne de France.
En 1744, un autre procès verbal de visite épiscopale nous apprend que ce sont conjointement les seigneurs hauts justiciers de Mauregard et de Pigeon qui sont désormais désignés comme seigneurs temporels. Ce qui est confirmé lors de la vente de la seigneurie de Mauregard en 1764 qui comprend les droits de haute justice sur les paroisses de St Hilaire et St Sulpice acquis de sa majesté par les seigneurs de Mauregard et de Pigeon. D’ailleurs, à partir du milieu du XVIIIè siècle, le seigneur de Mauregard prend également le titre de seigneur de St Sulpice ; titre qu’il ne faisait pas valoir précédemment. (6)
Le lieu seigneurial
En l’absence de vestiges apparents, longtemps nous nous sommes interrogés sur l’emplacement précis où ces seigneurs de Nully avaient construit leur château ou forteresse.
Au XIIIè siècle, les autres chevaliers de la région, nobles vassaux des comtes du Perche, portaient tous le nom de leur fief. Parmi eux figuraient notamment les sires de Mauregard, de Montcollin, de Ligni (St Hilaire), de Poix (Ste Céronne), du Val, du Fay (Champs), de Bresnart (Bazoches), du Buat (Lignerolles), de Chiray (St Ouen de S – Soligny), de Soligny, etc. ; noms qui subsistent encore aujourd’hui sur les cartes IGN de la région sur lesquelles il n’est pas trop difficile de découvrir ces lieux.
Par contre, aucun lieu sur la commune de St Hilaire ne porte le nom de Nully. On aurait presque douté de l’installation de ces seigneurs près du village de St Sulpice s’il n’y avait eu l’association de leur nom avec celui de la paroisse pour former St Sulpice de Nully.
L’ancienne motte féodale
Il fallut attendre 1984 pour que le site soit découvert par Pascal Vipard, archéologue caennais qui survolait la région et qui fut le premier à observer une curieuse tache dans les champs au dessus du village, sur le sommet de la colline à proximité de la route allant de Mortagne à Moulins. Curieusement, à la matrice cadastrale ancienne, ces parcelles étaient dénommées « la rue », n’ayant donc aucun rapport avec de Nully ni un quelconque emplacement de château ! Nous avons été informés de cette découverte en 1990, grâce à un article de Michel Ganivet publié dans les cahiers percherons. (7) Il fallait l’œil expert d’un archéologue associé à des conditions optimales de saison et d’éclairage pour découvrir qu’il s’agissait là de l’emplacement d’une ancienne motte castrale arasée sans doute depuis des siècles.

Vu sa position au dessus du village, ce ne pouvait-être que l’emplacement de la forteresse des seigneurs de Nully. Il suffit d’ailleurs de se rendre sur place pour comprendre l’intérêt de ce lieu stratégique, proche de Mortagne, qui formait avec les positions des chevaliers voisins, une ligne de surveillance et de défense contre les éventuels envahisseurs venant du nord. Dans la video ci-dessous, tournée depuis l’emplacement de cette motte castrale, vous découvrirez l’importance stratégique de ce site sur lequel les seigneurs de Nully avaient établi leur forteresse.
Fin de la paroisse et de l’église de St Sulpice de Nully
La paroisse de St Sulpice de Nully
Ainsi qu’il a été dit précédemment dans l’article concernant les seigneurs de Nully, la paroisse de St Sulpice portait initialement le nom des seigneurs du lieu : « parochia de Nuileio » (1)
Ce n’est qu’à partir du XVIème siècle qu’apparait dans divers documents en latin le nom de St Sulpice : « Sancti Sulpicii » ou « Sancti Sulpicii prope Maritaniam » (Saint Sulpice ou Saint Sulpice près Mortagne). (8)
Dans le pouillé du diocèse de Sées, elle est dénommée « Sanctus Sulpicius prope Moritaniam alias de Nulleio sen Nulliem » (St Sulpice près Mortagne alias de Nully).
En 1587 dans un testament au profit de la cure, elle est clairement dénommée : « Saint Sulpice de Nully ». Jusqu’à la révolution, elle sera désignée alternativement par ces divers patronymes : St Sulpice, St Sulpice près Mortagne ou lès Mortagne, St Sulpice de Nulli, de Nuilly ou de Neuilly.
Son territoire

La carte Cassini est la première carte topographique établie à l’échelle du royaume de France (vers 1770 pour notre région) sur laquelle figurait toutes les paroisses du pays mais sans limites précises de celles-ci. Sur cette carte, j’ai fait ressortir en surbrillance le territoire approximatif de la petite paroisse de St Sulpice de Nully avec le bourg et les quelques hameaux qui la constituaient.
Il ne semble pas y avoir de carte précise de la commune de St Sulpice qui a remplacé la paroisse sur le même territoire pendant une trentaine d’année, avant d’être réunie à St Hilaire. Les premiers plans cadastraux (dits plans Napoléoniens) n’ont été réalisés pour notre canton qu’en 1830, soit postérieurement à la réunion des communes de St Sulpice et de St Hilaire et n’indiquent donc pas les limites de l’ancienne commune rattachée en 1823.
Par contre, un plan visuel de la commune de St Hilaire, réalisé le 26/2/1825, par Mr Voyer, géomètre, indique en pointillé les limites de l’ancienne commune de St Sulpice. Il est à prendre avec beaucoup de réserves compte tenu des anomalies qu’il comporte (mauvais emplacements de Montméan, moulin de Rialin, etc…). Une copie partielle, malheureusement de mauvaise qualité, est ci-dessous reproduite. Pour une meilleure visibilité, les limites en pointillé de la paroisse de St Sulpice ont été reproduites en rouge par mes soins.

Voir autre plan ci-dessous réalisé avec le plan cadastral de 1830 et qui comprend les limites, hameaux et anciens chemins de la paroisse.

Sa population
En 1701 : un procès verbal de visite épiscopale nous apprend que la paroisse comprend 24 feux (foyers) répartis dans le bourg et dans 4 hameaux éloignés de l’église (Montméan, les Aulnes, la Minotière, la Folardière) ainsi que 2 métairies. (8)
En 1820, le recensement de population nous informe que la commune compte 172 habitants dans 47 foyers dont 25 dans le bourg incluant le Libéra et Grande Fontaine. Les autres foyers sont répartis dans les hameaux et métairies de la Minotière (9), le Rouimare (2), le Noyer (1), les Aunes (4), la Folardière (1), Montméan (3) et les Gaillons (2). (0)
La petite paroisse de St Sulpice avait une superficie d’environ 420 ha soit moins de 1/5 de la superficie actuelle de la commune de St Hilaire. Elle était bordée au sud par celles de Théval (rattachée depuis à St Langis) et de Courgeoust, à l’ouest par Bazoches sur hoesne et au nord et à l’est par St Hilaire lès Mortagne. Elle comprenait les hameaux énoncés ci-dessus. Les terres de Besdon, la Bulardière, Rialin, la Morlière et Fleuse étaient comprises dans la paroisse de St Hilaire lès Mortagne.
L’église de St Sulpice
Description

Ce dessin d’après nature, de Gaston Goupil, daté de janvier 1914, (dont une copie postérieure est légèrement différente), ainsi qu’une photo du retable sont les seules représentations visuelles connues de la petite église de Saint Sulpice de Nully. Nous devons leurs publications en 1914 et 1926 à René Gobillot et à la Société Percheronne d’Histoire et d’Archéologie, dont il était membre. (10)
Si par bonheur un de nos lecteurs avait dans ses archives, une autre gravure, photo ou carte ancienne de cette église, il nous ferait un grand plaisir de nous en fournir une reproduction.
L’église mesurait environ 19 m de long sur 7m40 de large pour la nef et 6m40 de large pour le chœur, au nord duquel s’appuyait la sacristie, pour une superficie totale de 146m2.

Construite en pierres, ses murs bas soutenaient une toiture aigue couverte en tuiles. Très simple, elle se composait d’un chœur et d’une nef unique sans transept. L’élégante flèche d’ardoises du clocher se dressait au dessus du portail qui comportait une simple voussure en plein cintre. Le clocher ne reposait pas sur les murs de l’église mais sur 4 piliers de bois indépendants de la maçonnerie. Il était autrefois garni de 2 cloches. Le plafond était lambrissé (voute en bois) comme l’était autrefois celui de l’église de St Hilaire. Le chœur dont la charpente était moins élevée que celle de la nef était séparé de celle ci par une arcade de muraille ou arc triomphal surmonté d’un beau crucifix et d’un buste en bois. Le claveau central de l’arc portait la date de 1761. La nef, plus longue et plus large que le chœur, n’était éclairée que par trois fenêtres cintrées (2 au sud, 1 au nord) et contenait deux autels secondaires situés de chaque coté de l’arc triomphal. Leur tabernacle était surmonté d’une niche encadrée de deux pilastres qui soutenaient un entablement portant, au centre, une croix et à ses extrémités deux pots à feu, à l’aplomb des pilastres. L’autel de gauche, dédié à la vierge, était surmontait d’une Piéta. Celui de droite, au dessus duquel étaient placées les statues de St Julien et St Adrien, était dédié à St Gilles. Le chœur était muni de deux fenêtres au sud et possédait un maitre-autel en pierre du XVIIIe, dédié à St Sulpice dont le retable était semblable à celui de Ste Céronne et quelques autres de la région (Feings, Comblot, …). Il se composait d’un ordre corinthien de quatre colonnes qui soutenaient un entablement sur lequel était disposé une niche contenant une piéta encadrée de deux colonnettes décorées de feuillages et d’enroulements. Les quatre colonnes étaient enroulées de ceps de vigne sculptés sur le tiers inférieur de leur hauteur, et cannelées sur les deux autres tiers. Au bas de l’église, près des portes, se trouvait la cuve baptismale taillée en un seul bloc de pierre avec cuvette de plomb et un petit bénitier également en pierre, orné de cannelures. (10)
Un procès verbal de visite épiscopale du début du XVIIIè nous apprend qu’il y a une sépulture dans l’église par fondation sans préciser qui y est inhumé. En 1914, René Gobillot déclare qu’il y a des sépultures par fondations dans l’église. (8)


Dédiée à Saint Sulpice de Bourges

L’église était dédiée à Saint Sulpice – Evêque de Bourges et confesseur (U 647).
Sulpice, surnommé le Pieux ou le Débonnaire pour le distinguer de Sulpice-Sévère, l’un de ses prédécesseurs, naquit en la petite ville de Vatan, en Berry, vers la fin du VIe siècle. D’une noble famille, il s’appliqua à l’exercice des bonnes œuvres sous le regard de ses parents. Son grand bonheur était de bâtir des églises ou des monastères, d’exercer la miséricorde envers les pauvres. Mis à même d’exécuter ses pieux desseins, il reçut la tonsure cléricale, fut promu aux saints ordres dont il exerça les fonctions jusqu’au moment où d’un concert unanime le clergé et le peuple de Bourges le choisirent pour occuper en l’an 624 le siège d’Austrégésile (précédent évêque de 612 à 624). Elevé à cette éminente dignité, Sulpice la considéra comme une charge bien plus que comme un honneur ; il mit tous ses soins à bien administrer son Eglise et à soulager les pauvres. Il travailla à la conversion des juifs qui se trouvaient encore dans sa ville épiscopale ; il leur adressait de fréquentes instructions ; nuit et jour, il adressait à Dieu des prières pour leur entrée à la foi de Jésus-Christ. Il eut un grand crédit auprès des rois mérovingiens et obtint la décharge d’un impôt exorbitant qui pesait sur la ville de Bourges ; des miracles manifestèrent sa sainteté. Après dix sept ans d’un fécond épiscopat, il obtint un coadjuteur sur lequel il se déchargea d’une partie de ses fonctions ; il continua de s’appliquer au soulagement des pauvres. Sa mort arriva le 17 janvier 647 ; toute la province le pleura comme un père. Son corps fut inhumé dans une église qu’il avait fait construire en dehors de la ville ; une abbaye, qui reçut le nom de Saint Sulpice, fut établie à côté de cette église. Saint Sulpice de Paris a possédé jusqu’à la Révolution un os du bras de notre saint ; il n’en reste maintenant que quelques parcelles. Le nom de Saint Sulpice figure dans les martyrologes historiques du Moyen Age soit au 15, soit au 16 janvier.
L’église contenait les reliques de St Sulpice composées d’un morceau de crane enchâssé dans un reliquaire en bois peint en forme de buste et recouvert d’un verre, accompagné d’un morceau de papier portant l’inscription » ici a un des os du Benoist St Sulpice ». Il était d’usage d’exposer ces reliques le jour de la fête de St Sulpice. Par ordonnance épiscopale de Mgr d’Aquin, Evêque de Sées, l’exposition de ces reliques fût interdite au début du 18è siècle, à défaut d’authentification certaine. En 1746, l’autorisation d’exposer à nouveau la relique fût refusée à Charles Bourgouin, curé, qui en avait fait la demande.

Emplacement
Le plan cadastral de 1830 permet de retrouver l’emplacement exact de l’église de St Sulpice et du presbytère. Voici ce plan qui est reconstitué par assemblage des sections K et L et comparé à une vue aérienne de 2015.
Pour découvrir cet emplacement, lorsque l’on descend vers St Hilaire depuis la route de Moulins sur la D 602, au calvaire de St Sulpice, il faut emprunter à droite la voie communale qui traverse le village et aboutit au lieudit « La Grande Fontaine ». A la sortie du hameau, après avoir dépassé sur la gauche un ancien petit puits couvert en pierre, à peine 30 mètres après la dernière habitation, on aperçoit un petit bosquet sur la droite qui surplombe le chemin de quelques mètres. C’est sur ce petit promontoire calcaire que se dressait autrefois l’église, au carrefour du chemin de St Sulpice à Mortagne passant par la Grande Fontaine et du chemin de la Vigne, aujourd’hui disparu, rejoignant la route de Moulins la Marche [voir video ci-dessus]. Son accès un peu rude se faisait par un escalier de pierres. Le cimetière, bordé de haies, entourait l’église sur un terrain d’environ 900 m2. Elle devait dater de la fin du XVe siècle, début du XVIe siècle, comme beaucoup d’églises de la région reconstruite après la guerre de cent ans sur les vestiges des anciennes églises.
Aujourd’hui, en escaladant ce petit promontoire entièrement boisé (terrain privé), nous pouvons entrevoir par endroits, la haie de buis qui entourait le cimetière. Le sous bois, très bosselé, est recouvert de lierres sous lequel apparaissent quelques amas de pierres, derniers vestiges de la petite église.


La cure
Patrons ou présentateurs au bénéfice et décimateurs
A l’origine, la cure de St Sulpice de Nully dépendait de l’Archidiaconé du Corbonnais dans le Diocèse de Sées.

Le jour de la fête était fixé au 17 janvier (date commémorative de la mort de St Sulpice, décédé le 17 janvier 647). La translation des reliques de St Sulpice avait lieu le 1er dimanche de septembre.
- – Droits des moines de St Denis > En 1031, Geoffroy III, Seigneur de Nogent, entreprit la fondation du monastère de St Denis de Nogent le Rotrou. Assassiné en 1040, c’est son fils ROTROU II, Comte de Mortagne, qui ne le termina que vers 1077 et le dota de très nombreux biens. Vers l’an 1080, Geoffroy IV, 1er comte du Perche, soumit à l’ordre de Cluny tous les biens du Monastère de St Denis donnés par son père et y ajouta, entre autres, l’église de St Sulpice de Nully.(12)
- – Droits des abbés de Thiron > Au début du XIIème siècle, Rotrou III, 2è Comte du Perche avait fait de nombreux dons à l’Abbaye de Thiron fondée en 1109 (Thiron Gardais – E et L). C’est ainsi qu’apparait dans le cartulaire de ladite Abbaye de Thiron, l’église de St Sulpice de Nully déjà donnée auparavant aux moines de St Denis de Nogent.
Par donation, Rotrou III avait-il réduit celle de son père et partagé ainsi l’église de St Sulpice entre St Denis de Nogent et Thiron ? De nombreux écrits et documents semblent en effet confirmer ce fait. (3) - – Transfert des droits des moines de St Denis aux chanoines de Toussaint > En 1203, Mahaut de Bavière (Mathilde de Saxe), veuve de Geoffroy V, 4è Comte du Perche, contribua à la fondation de l’église collégiale de Toussaint à Mortagne. Précédemment, les Religieux de St Denis de Nogent avaient la qualité de présentateurs de tous les bénéfices ecclésiastiques de Mortagne. Une transaction leur accorda le droit d’être nommés chanoines de la Collégiale de Toussaint. C’est sans doute à ce titre et suite à cette transaction que leurs droits dans l’église de St Sulpice qu’ils détenaient depuis l’an 1080, furent attribués directement aux Chanoines de Toussaint. (13) (5)
Pendant plusieurs siècles et jusqu’en 1789, en ce qui concerne cette cure de St Sulpice de Nully, nous retrouvons dans divers écrits :
– les religieux de l’abbaye de Thyron comme patron ou présentateur au bénéfice de ladite cure avec le pouvoir d’y nommer les curés et comme décimateurs pour moitié ;
– les Chanoines de l’église collégiale de Toussaint, décimateurs pour l’autre moitié.
Il apparait donc, tantôt qu’ils perçoivent la dime ecclésiastique chacun pour moitié et qu’ils abandonnent la portion congrue au curé ; tantôt qu’ils partagent la dime avec ledit curé chacun pour un tiers.
Biens de la cure
Au cours des siècles, la cure était devenue propriétaire de plusieurs terres et rentes sur la paroisse. Ces biens lui avaient été légués par des habitants et quelques prêtres de la paroisse à charge pour les curés en fonction de faire dire des messes régulièrement pour le repos des âmes des donateurs.

Dans le Pouillé conservé aux archives du diocèse de Sées, reproduit ci-dessus, une mention en marge (non datée mais postérieure à 1670) sur la page réservée à la paroisse de St Sulpice, nous confirme la répartition de la dime de la cure, la superficie de ses biens et les charges qui en découlent.
A la Révolution, la cure de St Sulpice était propriétaire d’environ 25 ha de terre ainsi que des bâtiments de la ferme de Grande Fontaine. Tous ces biens furent vendus de 1791 à 1795. Le dernier prêtre ayant cessé d’exercer en 1792, le presbytère fût également vendu le 9/7/1796 à un habitant de St Sulpice, propriétaire de la maison voisine. Celui ci n’existe plus depuis plusieurs dizaines d’années et près de son emplacement subsiste encore aujourd’hui un petit puits en bordure du chemin de la Grande Fontaine. (14)
Les curés
Liste des curés de 1467 à 1794
Le pouillé conservé aux archives du diocèse de Sées nous fournit la liste des curés ayant officiés à St Sulpice depuis le milieu du XVème siècle jusqu’à la Révolution. (15)
C’est cette liste qui vous est présentée dans le tableau ci-dessous, complétée d’informations provenant d’autres sources.
| dates | curés | Informations et commentaires |
| Avant 1467 | Jean LAPROIX | Le pouillé n’indique pas l’attribution de la cure à Jean Laproix mais seulement son remplacement suite à résignation. |
| 10/5/1467 | Eustache ROUSSEL | Attributaire de la cure suite à résignation de Jean Laproix et sur présentation de l’abbé de Tiron |
| ? | Jean BLANCHART | Le pouillé n’indique pas l’attribution de la cure à Jean Blanchart mais seulement son remplacement suite à décès. |
| 31/1/1526 | Pierre LE TESSIER | Suite à décès de Jean Blanchart, sur présentation de l’abbé de Tiron. Précédemment, en 1514, il était curé de l’église St Malo à Mortagne où il fut remplacé par Robert Boudin. (16) |
| 4/2/1526 | Jean CHARLOT | Attributaire suite à décès et sur présentation comme ci-dessus (?) Cette nomination de Jean Charlot, intervenant 4 jours après la précédente nous laisse penser que Pierre Le Tessier n’a pas pris possession de la cure. Pourtant, ainsi qu’il apparait ci-après, c’est bien lui qui se trouve attributaire de droit de cette cure en 1527. |
| 20/4/1527 | Pierre LE TESSIER | Attributaire de la cure qui lui incombe de droit. On le retrouve attributaire de la cure de la chapelle de l’Evêché de Sées le 28/8/1528 où il décèdera en février 1538 (17) |
| ? | Bonaventure BELLANGER | Le pouillé n’indique pas l’attribution de la cure à Bonaventure Bellanger mais seulement son remplacement suite à permutation. Sans doute attributaire de la cure en aout 1528 jusqu’en 1541 En 1558, il est présent lors de la rédaction des coutumes du Grand Perche où il représente l’église de Théval, aujourd’hui rattaché à St Langis lès Mortagne (18) |
| 24/12/1541 | Baptiste DUMENIL | Par permutation avec Bonaventure Bellanger, sur présentation de l’abbé de Tiron |
| 25/8/1549 | Charles de VOULGEY | Par permutation avec Martin DUMESNIL, sur présentation de l’abbé de Tiron. Baptiste Dumenil ou Martin Dumesnil ? |
| 28/7/1553 | Pierre LEVACHER | Par renvoi de Charles de Voulgey, sur présentation de l’abbé de Tiron |
| ? | Antoine LE ROY | Le pouillé n’indique pas l’attribution de la cure à Antoine Le Roy mais seulement son remplacement suite à permutation. |
| 17/3/1557 | Mathurin HIREL | Par permutation avec Antoine LeRoy Mathurin Hirel représentait l’église de St Sulpice lors de la rédaction des coutumes du Grand Perche en 1558. (18) |
| ? | Thomas DESJOUIS | Le pouillé n’indique pas l’attribution de la cure à Thomas Desjouis mais seulement son remplacement suite à renonciation. Il est décédé en juin 1584 à St Sulpice (20) |
| 12/6/1584 | Jean DESJOUIS | Visa provisoire apostolique suite à renonciation de Thomas Desjouis. En 1595, Jean Desjouis, curé de St Sulpice, est présent lors du testament de Michel Boussard (19) et c’est lui qui signe le registre paroissial. |
| 17/6/1584 | Pierre ANTEAUME | Suite à décès de Thomas Desjouis, sur présentation de l’abbé de Tiron. Cette nomination, intervenue 5 jours après le visa provisoire de Jean Desjouis n’a sans doute pas été suivie d’effet, puisque c’est bien Jean Desjouis que l’on retrouve curé de St Sulpice quelques années plus tard. |
| 29/10/1601 | Pierre FOSSEY | Visa provisoire apostolique suite à renonciation de Jean Desjouis. Il est effectivement curé en 1603, dans un procès verbal de visite épiscopale. Il est sans doute décédé en 1609 mais son décès n’a pu être vérifié (absence de l’année concernée dans les registres paroissiaux) |
| 17/12/1609 | Michel MALBEUF (MARBEUF ou MARBOEUF) | Suite à décès de Pierre Fosse, sur présentation des religieux de Tiron. En 1612, une note épiscopale nous confirme que Michel Marbeuf est le curé de la paroisse. En février 1671, dans son testament, il est déclaré comme demeurant toujours au presbytère de St Sulpice mais n’exerçant plus car alité et malade. (19) Il avait d’ailleurs renoncé quelques mois plus tôt en 1670 sans doute pour raison de santé et à cause de son grand âge. Il est peut-être décédé en 1671 à St Sulpice mais son décès n’apparait pas dans les registres paroissiaux dont les années 1662 à 1672 sont absentes. Il était très âgé puisqu’il a exercé de décembre 1609 à septembre 1670, soit plus de 60 ans. C’est donc le prêtre qui est resté le plus longtemps à St Sulpice. |
| 21/3/1610 | Guillaume (MESTARIE) | Visa provisoire apostolique suite à décès de Pierre Fosse Ce visa provisoire est intervenu 3 mois après la nomination de Michel Marbeuf (peut-être pour absence de ce dernier). Aucun document ne permet de vérifier si ce prêtre a officié à St Sulpice. |
| 25/9/1670 | Denis OLIVIER | Visa provisoire apostolique suite à renonciation de Michel Marbeuf. En 1671, il est légataire des habits et charges de Michel Marboeuf, son oncle dans le testament de ce dernier (19) On le retrouve signataire de 1672 à 1693 des registres paroissiaux de St Sulpice où il décède le 3/9/1693 (20) |
| 10/9/1693 | François DESMOULLINS | Suite à décès de Denis Olivier, sur présentation des prieurs de Tiron. En 1694, il est désigné comme prêtre de la paroisse dans un legs au profit de celle-ci (19) Le 26/3/1697, il prendra possession de la cure de St Mard de Reno où il est décédé en 1739. Son nom figure dans l’église de St Mard où il fit réaliser des travaux juste avant sa mort. On peut voir ses armoiries dans l’armorial de 1696 : « d’azur à trois fers de moulin d’or deux et un » (21) |
| 2/8/1697 | François BELIER | Visa provisoire apostolique suite à renonciation de François Desmoulins. Il est nommé dans différents procès verbaux de visite, notamment en 1704 et 1710. Il décède le 27 avril 1720 à St Sulpice à l’âge de 67 ans. (20) |
| 9/5/1720 | Adrien THORE | Suite à décès de François Belier, sur présentation des prieurs de Tiron Il n’a jamais pris possession de la cure puisque deux mois plus tard les abbés de Tiron présentent Thomas de la Haye à sa place. |
| 2/7/1720 | Thomas de la HAYE | Suite à décès de François Bellier, sur présentation des prieurs de Tiron. Il décède à St Sulpice le 26 juillet 1743 à l’âge d’environ 67 ans. (20) |
| 25/7/1743 | Michel Charles BOURGOIN | Suite à décès de Thomas de la Haye, sur présentation des prieurs de Tiron |
| 12/1/1744 | Abraham Antoine SAUGERON | Par permutation avec Michel Charles Bourgoin (aucune déclaration de suite). Abraham Antoine Saugeron était curé de Villiers sous Mortagne depuis le 25/10/1723. Le 12/1/1744, Michel Charles Bourgoin alors curé de St Sulpice, ancien vicaire de Villiers sous Mortagne de juin 1736 à sept 1743, se retrouve donc attributaire par permutation de la cure de Villiers. Michel Charles Bourgoin a été curé de Villiers de janvier à fin mars 1744 puis il est revenu à St Sulpice car Abraham Saugeron décéda le 13/1/1744 à 53 ans et ne prit jamais la cure de St Sulpice. (22) Michel Charles Bourgoin décéda à St Sulpice le 10/2/1775 à l’âge de 63 ans où il fut inhumé dans le chœur de l’église.(20) |
| 24/3/1775 | François Nicolas ROBERGEL | Suite à décès de Michel Charles Bourgoin, sur présentation des prieurs de Tiron François Robergel était curé de St Hillaire de Sentilly près d’Argentan. Il ne semble pas avoir pris possession de la cure de St Sulpice. |
| 3/7/1775 | Michel Jacques Henri OLIVIER | Visa provisoire apostolique suite à renonciation de François Nicolas Robergel. Michel Jacques Henri Olivier fut le dernier curé de la paroisse de St Sulpice de 1775 à 1794. Ensuite, les quelques cérémonies religieuses seront faites par le curé de St Hilaire avant la disparition totale de l’église (article sur la fin de l’église en cours de réalisation). En 1794-1795, Michel Olivier fit l’objet d’une procédure judiciaire qui vous est exposée ci-après. |
Procédure contre Michel Olivier – ex-curé de St Sulpice (19)
Michel Jacques Henri OLLIVIER est né le 6/4/1737 à Ménil Gondouin (Orne), marié le 21/7/1794 à St Sulpice avec Marie Fontaine (35 ans) issue du mariage le 14/2/1760 à St Sulpice de Nully de Robert Fontaine et Marie Ruffre. Ils eurent deux filles : Marie Henriette née le 7/9/1794 et Magdeleine née le 26/3/1796 qui épousa Pierre Bérard en 1814.
Nommé prêtre à St Sulpice en 1775, il prêta serment constitutionnel au début de la Révolution puis renonça à toutes fonctions du culte catholique le 26 ventose an II (16 mars 1794). (23) Pendant qu’il était encore curé il fut élu maire de St Sulpice pour 2 ans par les citoyens contribuables de la commune le 17/2/1790. Il décéda à St Sulpice le 19/9/1804.
Alors qu’il se présentait en mairie le 24 brumaire an 3 (14 novembre 1794) pour obtenir un certificat de civisme indispensable à l’encaissement de sa pension d’ancien prêtre, Michel Olivier, ex curé de St Sulpice, se le vit refuser par Denis Ruffray maire, François Tiratey et René Gebert représentant le corps municipal, au motif qu’il n’avait aucun civisme et que c’était un calomniateur critiquant l’assemblée nationale.
Par arrêté du 30 brumaire, lesdits officiers municipaux (à l’exception de François Tiratey qui n’a pas signé) renvoyaient Olivier devant les administrateurs du Directoire du district de Mortagne pour le juger sur les faits reprochés, ainsi relatés textuellement en français de l’époque dans l’arrêté :
« c’est un calomniateur qui a critiqué l’assemblée nationale en disant : qu’elle consommoit la France en frais, qu’on y réussiroit jamais ; quelle avoit inventé une guerre pour faire périr beaucoup de jeunes jeans qui étoit bien utile à leur famille ; quelle avoit décrété la liberté mais que jamais on ne seroit libre ; quelle donné des loys qui autoient la liberté , que c’étoit un jeu quelle faice.
Qu’il avoit appareuce quil étoit (Olivier) d’accord avec les brigands de la Vendée, que si ses brigands venoit quil se renderoit bientôt de leur cauté.
Nous avons appris aussi qu’il avoit fait récupéré les titres de la cure auparavant que de les déposer au directoire disant que si l’affaire revenoit qu’il auroit toujours ces titres ».
Les propos contenus dans cet arrêté avaient été rapportés à la municipalité par un nommé Rousselin, agent national pour la commune des Friches (nom donné à la Révolution à la commune de St Sulpice) qui était, en fait, le principal instigateur de cette dénonciation. Quand on connait le pouvoir qu’avait un agent national, il n’est pas surprenant qu’il ait été suivi dans sa dénonciation.
Malgré le soutien à Michel Olivier de six notables de la commune et leurs dépositions en mairie datée du 2 décembre qui « improuvent le refus fait au requérant d’un certificat de civisme », cette dénonciation eut pour conséquences d’engager une longue procédure contre ledit Olivier, dont le déroulement suit.
Le 30 décembre 1794, la dénonciation est transmise par le Directoire du district au juge de paix du canton de Mortagne qui est requis d’instruire l’affaire.
Le 11 janvier 1795, Emmanuel Mercier, juge de paix, auditionne 12 habitants de St Sulpice, précédemment assignés à comparaitre comme témoins.
De ces auditions, il ressort que 11 des 12 témoins, dont 9 issus des familles Gebert et Lefort, déclarent avoir entendu Olivier tenir des propos inciviques dont voici l’analyse (pour une meilleure lecture les propos qui suivront ne sont pas portés dans le français de l’époque compte tenu de la lourdeur de certaines phrases transcrites par le greffier) :
« – s’il avait fait partie des jeunes gens réquisitionnés, il aurait refusé de partir ; c’était une abomination que la Convention fasse périr tous ces jeunes dans une guerre perdue d’avance qui durerait six semaines au plus ; qu’elle en faisait un jeu et les jeunes de son pays natal qui n’avaient pas voulu partir avaient bien fait ; il y avait des traitres à la convention qui étaient d’accord avec les brigands de la Vendée ;
- les gueux de mâtins avaient menti (en parlant des députés) et ne lui feraient pas vendre son bien de la cure dont il avait fait copier les titres par un notaire ; qu’il remettrait ces titres aux familles qui avaient donné les biens. La Nation n’en profiterait pas ;
- ceux qui avaient acheté des rentes de la Nation s’en réjouissaient mais que bientôt ils en seraient attristés ».
Le 13 janvier, un mandat d’arrêt est prononcé par le juge de paix du District de Mortagne à l’encontre dudit Olivier qui est conduit immédiatement à la maison d’arrêt de Mortagne. Il comparait le même jour devant le juge pour un premier interrogatoire et répondre au sujet de ses propos inciviques et contre révolutionnaires. De cet interrogatoire il ressort que Olivier a soit nié ces propos, soit replacé ceux-ci dans leur contexte ce qui en changeait le sens soit encore les a attribués à leurs véritables auteurs.
Le 14 janvier, la plainte et le dossier sont sur le bureau de Louis Pattu, l’un des juges du tribunal d’instance de Mortagne qui fait subir audit Olivier le jour même un second interrogatoire qui ne peut-être rapporté ici compte tenu de sa longueur mais dans lequel il nie de nouveau les faits qui lui sont reprochés.
Le 16, une perquisition a lieu au domicile du citoyen Olivier et du citoyen Fontaine son beau père. Perquisition qui ne donne rien.
Du 18 au 25 janvier, soit pendant une semaine, le juge du Tribunal du district, auditionne 22 autres personnes assignées à comparaitre comme témoins, pour la plupart domiciliées sur la commune des Friches. Cette fois, les réponses sont bien différentes.
- La plupart déclarent « qu’ils connaissent Olivier pour un parfait honnête homme, un très bon patriote et qu’ils ne le connaissent nullement pour un contre révolutionnaire ».
- A commencer par Denis Ruffray, maire, l’un des dénonciateurs, qui ajoute que « l’ex curé a toujours été prêt à se montrer lorsqu’il en a été requis et qu’il a payé exactement ses contributions ». Cependant, il a ouï dire par René Rousselin, René Gébert et René Lefort que ledit Olivier a dit « que les députés étaient des gueux de mâtins et qu’ils avaient décrété la liberté mais qu’on ne l’aurait jamais » et autres propos inciviques en insistant sur le fait qu’il ne dépose ici que par ouï dire.
- Me Baille, notaire à Mortagne, déclare « qu’il a bien fait des copies des titres de la cure à la demande dudit Olivier. Ce dernier lui précisa que c’était dans le but de se procurer le payement des 4% du produit de la vente des biens de la cure qui étaient chargés de fondation conformément à la loi ».
- François Pelletier, maréchal aux Gaillons et trois autres témoins déclarent « qu’un routier de passage avec une voiture de riz s’était arrêté chez lui il y a plus d’un an pour se mettre à l’abri, prendre un petit pot d’eau de vie et allumer sa pipe. Il avait déclaré à la demande d’Olivier également présent, qu’il avait été arrêté entre Laval et Mayenne par les Vendéens mais que ceux-ci n’étaient pas des brigands car ils l’avaient certes retenu quatre jours mais lui avaient offert à manger et à boire du bon vin. Puis ils l’avaient laissé repartir avec son chargement de riz destiné à la municipalité de Paris en disant qu’ils en avaient bien plus besoin qu’eux. Et le routier d’ajouter que les députés étaient d’accord avec eux ». Sans doute Olivier avait-il répété ces propos dans le village, propos que lui attribuait Rousselin.
- Françoise Gebert, nièce de René Gebert, l’un des dénonciateurs et son mari Jacques Victor déclarent « avoir entendu dire à Olivier que ceux qui achètent des biens de la nation sont dans la joie mais qu’ils auront la tristesse … mais qu’ils ne le connaissent pas pour un calomniateur ni un contre révolutionnaire ».
- Fait nouveau, plusieurs autres témoins déclarent « que c’est le résultat d’une haine provenant du mariage dudit Olivier avec la fille Fontaine, nièce de Rousselin qui aurait dit depuis, qu’il fallait que la tête d’Olivier ou la sienne tombe, qu’il n’en démordrait pas. Avant le mariage, (le 21 juillet 1794) Olivier et Rousselin étaient amis, buvaient et mangeaient souvent ensemble. Que ce dernier a depuis essayé de faire casser le mariage qu’il prétendait mal fait parce que la loi exige la signature de quatre témoins. Or, selon Rousselin, il n’était signé que de trois témoins, la quatrième signature étant celle d’une femme, employée du curé, ce qui est non conforme selon lui». Consulté sur ce point les administrateurs du Directoire du district avaient confirmé la validité du mariage.
Michel André Ruffray et Jean Olivier membre du conseil précisent «alors qu’Olivier, avait fourni avec plaisir des planches et ustensiles pour la salpêtrerie de la commune, on avait fait ôter tous les enduits d’une étable et d’une écurie du presbytère pour en extraire les terres salpêtrées, que l’on a ensuite fait abattre ces bâtiments afin de gêner ledit Olivier, le forcer à quitter le presbytère et qu’il avait été obligé de mettre sa vache ailleurs. Cette démolition s’est faite contre le gré du conseil général de la commune ».
Enfin, Magdeleine Esnault, déclare « avoir vu réuni plusieurs fois Denis Ruffray, maire avec Rousselin chez Simon Gébert où elle demeurait précédemment. Ils s’entretenaient souvent sur le compte dudit Olivier. Un jour, elle les a entendu dire qu’il fallait absolument que Olivier parte de la commune ; que l’un d’eux ayant dit que ce n’était pas facile à faire, Ruffray maire répliqua qu’il fallait bien qu’il parte parce qu’on allait jeter ses étables par terre. Gebert ajouta que lorsque les étables seront tombées, l’on abattrait pareillement le presbytère » René Gebert l’un des signataires de la dénonciation, également appelé comme témoins, déclare « qu’il n’a pas consenti à la délivrance du certificat de civisme ayant entendu de la bouche même d’Oliver des propos contre l’assemblée… ». Suit alors une longue déposition assez largement défavorable à Olivier, la seule parmi ces 22 auditions dans laquelle il précise « qu’Olivier ayant été nommé commissaire de section il a mal fait les estimations et déclarations des biens de manière que des particuliers de la commune ont été écrasé d’impôt et que les municipalités de St Hilaire et de Ste Céronne ont été, sur ordre du département, chargées de vérifier ces opérations qu’ils ont trouvées fausses ».
Le 29 janvier, le juge Louis Pattu procède à un deuxième interrogatoire de Michel Olivier au cours duquel il lui demande quelques précisions notamment sur les évaluations de terre qu’il a faites en tant que commissaire de section. Il aurait trahi la confiance de certains habitants en appréciant plus ou moins bien la valeur des sols selon l’état de ses relations avec les propriétaires et notamment envers René Gebert. Ce à quoi il a répondu « ne jamais avoir eu de préférence pour personne, qu’il a procédé en son âme et conscience sans aucune malversation ».
Malgré les nombreuses déclarations très majoritairement favorables à Olivier dans une affaire qui ressemble plus à un conflit de personnes qu’à une activité contre-révolutionnaire, en exécution de son arrêté du 31 janvier, le tribunal de Mortagne se dessaisit du dossier et transfert la procédure au Comité de Sureté Générale. (Les affaires en charge de ce comité étaient jugées par le tribunal criminel du département qui avait pour mission essentielle de surveiller et punir les crimes de contre-révolution). Décision très grave donc pour Olivier, quand on sait le nombre de prêtres exécutés, envoyés au bagne ou emprisonnés à vie par le tribunal criminel de l’Orne pendant la Terreur. Heureusement pour lui, cette période très mouvementée d’épuration s’achevait suite à l’exécution de Robespierre et ses amis en juillet 1794.
Le 8 mai, puis le 12 juin, Olivier adresse des demandes de remise en liberté aux juges du tribunal du district de Mortagne qui les transmet aux comités de législation et de sureté générale. Dans l’une d’elle, on apprend que les pièces d’instruction de son procès ne sont pas en possession de ces comités et semblent égarées. Une nouvelle expédition de la procédure lui est remise, à ses frais, pour en faire usage près des comités concernés.
Le 24 juin, un plaidoyer de huit pages est établi pour la défense de Michel Olivier au terme duquel il est demandé que justice soit rendue dans les meilleurs délais par le tribunal criminel du département puisque le délit qui lui est imputé n’est appuyé d’aucunes pièces matérielles mais que sur des ouï dire détruits par la généralité des témoins. Celui-ci, signé Olivier, semble avoir été rédigé par Olivier lui-même.
Le 26 juin, l’accusateur public près du tribunal criminel du département de l’Orne adresse la décision dudit tribunal au directeur du juré du tribunal du district de Mortagne, dans les termes ci-après :
« J’ai soumis à l’examen du tribunal la procédure que vous m’avez adressé le 25 prairial dernier … il paroit d’après les dispositions de tous les temoins que si Olivier a commis quelqu’imprudence, les dénonciateurs ont de grands reproches à mériter, soit par la manière dont ils ont dénoncé, soit par la manière qu’ils ont employés pour faire valoir les faits dénoncés et que tout bien apprécié il ne parait pas que la justice doive plus longtemps s’occuper d’une affaire de ce genre, parcequ’Olivier a plus qu’expié les imprudences qu’il aurait pu se permettre ; et qu’il est visible que la dénonciation ne vient que de l’oncle de sa femme et en haine de son mariage ; ainsi la justice qui ne doit point seconder les passions d’autrui mais au contraire doit s’empresser de les éteindre autant qu’il est en son pouvoir pour vous mettre à portée de statuer puisque la loi vous en charge. Je m’empresse de vous faire repasser toutes les pièces que vous m’avez adressé… »
Le jugement de mise en liberté intervint dès le lendemain. Cette procédure aura duré près de six mois pendant lesquels l’ancien curé de St Sulpice fut maintenu aux fers en la maison d’arrêt de Mortagne … pour avoir épousé une jeune femme de sa paroisse.
Le 27 juin, Michel Olivier a enfin retrouvé sa liberté, sa femme et sa petite fille de 10 mois. Il peut de nouveau exploiter les 47 boisseaux de terre provenant de la cure dont il s’est rendu acquéreur en 1792 lors de l’adjudication des biens nationaux.
Il en a donc fini avec la justice. Peut-être pas complètement, car le 2 janvier, il avait lui-même porté plainte contre Rousselin pour avoir subi divers préjudices de celui-ci. Il l’accusait notamment d’avoir voulu faire annuler son mariage, de lui avoir refusé avec le maire un passeport indispensable pour se présenter à un procès à Alençon où il était assigné en témoignage (procès qui opposait Denis Ruffray, maire, à son employé, Louis Thiboust, accusé de l’avoir volé)
Une chose est sûre, une violente haine existait désormais entre Rousselin et Olivier et il devait régner un climat délétère en cette fin du 18ème siècle à St Sulpice entre les amis de Michel Olivier et les amis de René Rousselin.
Fusion des paroisses de St Hilaire et St Sulpice en 1807
Après la Révolution, suite au projet de réduction des communes, une nouvelle organisation des paroisses est mise en place. Un premier état du 22/11/1800 fait apparaitre que la commune de St Sulpice, comptant 165 habitants devrait être réunie à celle de St Hilaire ayant 761 habitants. En application de la loi du 18 Germinal An 10 (9/4/1802) relative à l’organisation des cultes et à l’état des cures et succursales, un arrêté Préfectoral du 13/2/1803 détermine la nouvelle organisation du Diocèse de Sées, approuvée par le 1er Consul le 22/11/1803 : l’église de St Hilaire devient succursale incluant les territoires des communes de St Hilaire et St Sulpice. La nouvelle paroisse de St Hilaire, formée des territoires des anciennes paroisses de St Sulpice et de St Hilaire est approuvée définitivement par Décret Impérial du 30/9/1807.
La fusion des deux paroisses, suivi de la réunion des deux communes de St Sulpice et St Hilaire en 1823 entrainèrent doucement le délaissement et l’abandon de la petite église de St Sulpice.
Un procès verbal de l’état de l’église du 13/12/1803 et un inventaire du 28/8/1804 révèlent qu’elle est dépourvue de tous ornements servant au culte, ceux-ci ayant été vendus, et qu’elle sert désormais de mairie. L’édifice est en bon état et toujours muni d’une cloche qui sert à la publication des lois et en cas d’incendie. (24)
Une délibération du Conseil Municipal de St Sulpice du 11/2/1809, adressée au Préfet du département et à l’évêque de Sées, demandent que l’église soit érigée en annexe ou chapelle rurale afin d’apporter les secours spirituels dont les habitants sont souvent privés par leur éloignement de St Hilaire les Mortagne à laquelle ils sont réunis. En application du Décret Impérial du 30/9/1807, la conservation en annexe n’est possible que si la commune paye le desservant et se charge de le loger, ce à quoi la commune s’oblige dans son arrêté. (0)
En 1810, sur proposition du Préfet de l’Orne, le conseil municipal de St Sulpice émet le vœu de la suppression de la commune et sa réunion à celle de St Hilaire.
En mai 1814, un devis établi pour l’exécution de travaux à faire à l’église de St Hilaire, nous révèle que le paiement serait effectué pour partie par la vente de l’église de St Sulpice évaluée 961 F 26. Par délibération, le conseil municipal de St Hilaire avec avis favorable du conseil de fabrique avait donc déjà envisagé la vente de la petite église. Dans son arrêté du 7 novembre, le sous préfet de Mortagne approuvait la vente de l’église de St Sulpice, vu l’urgence des réparations à faire à celle de St Hilaire et l’importance du devis. (25)
Pour contrer cette délibération et cet arrêté, une trentaine d’habitants de St Sulpice dont les élus de ladite commune, prennent l’engagement dans une transaction du 17 février 1815, de faire l’acquisition de l’église et du cimetière dans le cas où ces biens viendraient à être aliénés au bénéfice de la fabrique de St Hilaire lès Mortagne. Ils s’engagent à faire cet achat et si besoin les réparations à venir solidairement aux frais de tous et d’en payer le montant par égales portions entre eux tous ou leurs héritiers.
Suite à cette réaction des habitants de St Sulpice, l’église ne sera pas vendue.
En 1816, un inventaire révèle que la cloche est cassée et hors de service mais garnie de ses ustensiles.
Suite à l’arrivée au pouvoir du très pieux roi Charles X en 1824 et malgré la fusion des deux communes en 1823, les habitants de St Sulpice adressèrent en février 1828 une dernière supplique à Mgr l’Evêque de Sées pour l’adjonction d’un vicaire à Mr le curé de St Hilaire afin de l’aider dans ses fonctions et de venir officier plus souvent en l’église de St Sulpice.
Cette demande resta sans doute sans suite et les offices à St Sulpice de plus en plus rare dans cette église dépourvue en partie des meubles, linges et ornements servant au culte. (0)
Après la Révolution, suite au projet de réduction des communes, une nouvelle organisation des paroisses est mise en place. Un premier état du 22/11/1800 fait apparaitre que la commune de St Sulpice, comptant 165 habitants devrait être réunie à celle de St Hilaire ayant 761 habitants. En application de la loi du 18 Germinal An 10 (9/4/1802) relative à l’organisation des cultes et à l’état des cures et succursales, un arrêté Préfectoral du 13/2/1803 détermine la nouvelle organisation du Diocèse de Sées, approuvée par le 1er Consul le 22/11/1803 : l’église de St Hilaire devient succursale incluant les territoires des communes de St Hilaire et St Sulpice. La nouvelle paroisse de St Hilaire, formée des territoires des anciennes paroisses de St Sulpice et de St Hilaire est approuvée définitivement par Décret Impérial du 30/9/1807.
La fusion des deux paroisses, suivi de la réunion des deux communes de St Sulpice et St Hilaire en 1823 entrainèrent doucement le délaissement et l’abandon de la petite église de St Sulpice.
Un procès verbal de l’état de l’église du 13/12/1803 et un inventaire du 28/8/1804 révèlent qu’elle est dépourvue de tous ornements servant au culte, ceux-ci ayant été vendus, et qu’elle sert désormais de mairie. L’édifice est en bon état et toujours muni d’une cloche qui sert à la publication des lois et en cas d’incendie. (24)
Une délibération du Conseil Municipal de St Sulpice du 11/2/1809, adressée au Préfet du département et à l’évêque de Sées, demandent que l’église soit érigée en annexe ou chapelle rurale afin d’apporter les secours spirituels dont les habitants sont souvent privés par leur éloignement de St Hilaire les Mortagne à laquelle ils sont réunis. En application du Décret Impérial du 30/9/1807, la conservation en annexe n’est possible que si la commune paye le desservant et se charge de le loger, ce à quoi la commune s’oblige dans son arrêté. (0)
En 1810, sur proposition du Préfet de l’Orne, le conseil municipal de St Sulpice émet le vœu de la suppression de la commune et sa réunion à celle de St Hilaire.
En mai 1814, un devis établi pour l’exécution de travaux à faire à l’église de St Hilaire, nous révèle que le paiement serait effectué pour partie par la vente de l’église de St Sulpice évaluée 961 F 26. Par délibération, le conseil municipal de St Hilaire avec avis favorable du conseil de fabrique avait donc déjà envisagé la vente de la petite église. Dans son arrêté du 7 novembre, le sous préfet de Mortagne approuvait la vente de l’église de St Sulpice, vu l’urgence des réparations à faire à celle de St Hilaire et l’importance du devis. (25)
Pour contrer cette délibération et cet arrêté, une trentaine d’habitants de St Sulpice dont les élus de ladite commune, prennent l’engagement dans une transaction du 17 février 1815, de faire l’acquisition de l’église et du cimetière dans le cas où ces biens viendraient à être aliénés au bénéfice de la fabrique de St Hilaire lès Mortagne. Ils s’engagent à faire cet achat et si besoin les réparations à venir solidairement aux frais de tous et d’en payer le montant par égales portions entre eux tous ou leurs héritiers.
Suite à cette réaction des habitants de St Sulpice, l’église ne sera pas vendue.
En 1816, un inventaire révèle que la cloche est cassée et hors de service mais garnie de ses ustensiles.
Suite à l’arrivée au pouvoir du très pieux roi Charles X en 1824 et malgré la fusion des deux communes en 1823, les habitants de St Sulpice adressèrent en février 1828 une dernière supplique à Mgr l’Evêque de Sées pour l’adjonction d’un vicaire à Mr le curé de St Hilaire afin de l’aider dans ses fonctions et de venir officier plus souvent en l’église de St Sulpice.
Cette demande resta sans doute sans suite et les offices à St Sulpice de plus en plus rare dans cette église dépourvue en partie des meubles, linges et ornements servant au culte. (0)
Après la Révolution, suite au projet de réduction des communes, une nouvelle organisation des paroisses est mise en place. Un premier état du 22/11/1800 fait apparaitre que la commune de St Sulpice, comptant 165 habitants devrait être réunie à celle de St Hilaire ayant 761 habitants. En application de la loi du 18 Germinal An 10 (9/4/1802) relative à l’organisation des cultes et à l’état des cures et succursales, un arrêté Préfectoral du 13/2/1803 détermine la nouvelle organisation du Diocèse de Sées, approuvée par le 1er Consul le 22/11/1803 : l’église de St Hilaire devient succursale incluant les territoires des communes de St Hilaire et St Sulpice. La nouvelle paroisse de St Hilaire, formée des territoires des anciennes paroisses de St Sulpice et de St Hilaire est approuvée définitivement par Décret Impérial du 30/9/1807.
La fusion des deux paroisses, suivi de la réunion des deux communes de St Sulpice et St Hilaire en 1823 entrainèrent doucement le délaissement et l’abandon de la petite église de St Sulpice.
Un procès verbal de l’état de l’église du 13/12/1803 et un inventaire du 28/8/1804 révèlent qu’elle est dépourvue de tous ornements servant au culte, ceux-ci ayant été vendus, et qu’elle sert désormais de mairie. L’édifice est en bon état et toujours muni d’une cloche qui sert à la publication des lois et en cas d’incendie. (24)
Une délibération du Conseil Municipal de St Sulpice du 11/2/1809, adressée au Préfet du département et à l’évêque de Sées, demandent que l’église soit érigée en annexe ou chapelle rurale afin d’apporter les secours spirituels dont les habitants sont souvent privés par leur éloignement de St Hilaire les Mortagne à laquelle ils sont réunis. En application du Décret Impérial du 30/9/1807, la conservation en annexe n’est possible que si la commune paye le desservant et se charge de le loger, ce à quoi la commune s’oblige dans son arrêté. (0)
En 1810, sur proposition du Préfet de l’Orne, le conseil municipal de St Sulpice émet le vœu de la suppression de la commune et sa réunion à celle de St Hilaire.
En mai 1814, un devis établi pour l’exécution de travaux à faire à l’église de St Hilaire, nous révèle que le paiement serait effectué pour partie par la vente de l’église de St Sulpice évaluée 961 F 26. Par délibération, le conseil municipal de St Hilaire avec avis favorable du conseil de fabrique avait donc déjà envisagé la vente de la petite église. Dans son arrêté du 7 novembre, le sous préfet de Mortagne approuvait la vente de l’église de St Sulpice, vu l’urgence des réparations à faire à celle de St Hilaire et l’importance du devis. (25)
Pour contrer cette délibération et cet arrêté, une trentaine d’habitants de St Sulpice dont les élus de ladite commune, prennent l’engagement dans une transaction du 17 février 1815, de faire l’acquisition de l’église et du cimetière dans le cas où ces biens viendraient à être aliénés au bénéfice de la fabrique de St Hilaire lès Mortagne. Ils s’engagent à faire cet achat et si besoin les réparations à venir solidairement aux frais de tous et d’en payer le montant par égales portions entre eux tous ou leurs héritiers.
Suite à cette réaction des habitants de St Sulpice, l’église ne sera pas vendue.
En 1816, un inventaire révèle que la cloche est cassée et hors de service mais garnie de ses ustensiles.
Suite à l’arrivée au pouvoir du très pieux roi Charles X en 1824 et malgré la fusion des deux communes en 1823, les habitants de St Sulpice adressèrent en février 1828 une dernière supplique à Mgr l’Evêque de Sées pour l’adjonction d’un vicaire à Mr le curé de St Hilaire afin de l’aider dans ses fonctions et de venir officier plus souvent en l’église de St Sulpice.
Cette demande resta sans doute sans suite et les offices à St Sulpice de plus en plus rare dans cette église dépourvue en partie des meubles, linges et ornements servant au culte. (0)
Après la Révolution, suite au projet de réduction des communes, une nouvelle organisation des paroisses est mise en place. Un premier état du 22/11/1800 fait apparaitre que la commune de St Sulpice, comptant 165 habitants devrait être réunie à celle de St Hilaire ayant 761 habitants. En application de la loi du 18 Germinal An 10 (9/4/1802) relative à l’organisation des cultes et à l’état des cures et succursales, un arrêté Préfectoral du 13/2/1803 détermine la nouvelle organisation du Diocèse de Sées, approuvée par le 1er Consul le 22/11/1803 : l’église de St Hilaire devient succursale incluant les territoires des communes de St Hilaire et St Sulpice. La nouvelle paroisse de St Hilaire, formée des territoires des anciennes paroisses de St Sulpice et de St Hilaire est approuvée définitivement par Décret Impérial du 30/9/1807.
La fusion des deux paroisses, suivi de la réunion des deux communes de St Sulpice et St Hilaire en 1823 entrainèrent doucement le délaissement et l’abandon de la petite église de St Sulpice.
Un procès verbal de l’état de l’église du 13/12/1803 et un inventaire du 28/8/1804 révèlent qu’elle est dépourvue de tous ornements servant au culte, ceux-ci ayant été vendus, et qu’elle sert désormais de mairie. L’édifice est en bon état et toujours muni d’une cloche qui sert à la publication des lois et en cas d’incendie. (24)
Une délibération du Conseil Municipal de St Sulpice du 11/2/1809, adressée au Préfet du département et à l’évêque de Sées, demandent que l’église soit érigée en annexe ou chapelle rurale afin d’apporter les secours spirituels dont les habitants sont souvent privés par leur éloignement de St Hilaire les Mortagne à laquelle ils sont réunis. En application du Décret Impérial du 30/9/1807, la conservation en annexe n’est possible que si la commune paye le desservant et se charge de le loger, ce à quoi la commune s’oblige dans son arrêté. (0)
En 1810, sur proposition du Préfet de l’Orne, le conseil municipal de St Sulpice émet le vœu de la suppression de la commune et sa réunion à celle de St Hilaire.
En mai 1814, un devis établi pour l’exécution de travaux à faire à l’église de St Hilaire, nous révèle que le paiement serait effectué pour partie par la vente de l’église de St Sulpice évaluée 961 F 26. Par délibération, le conseil municipal de St Hilaire avec avis favorable du conseil de fabrique avait donc déjà envisagé la vente de la petite église. Dans son arrêté du 7 novembre,
le sous préfet de Mortagne approuvait la vente de l’église de St Sulpice, vu l’urgence des réparations à faire à celle de St Hilaire et l’importance du devis. (25)
Pour contrer cette délibération et cet arrêté, une trentaine d’habitants de St Sulpice dont les élus de ladite commune, prennent l’engagement dans une transaction du 17 février 1815, de faire l’acquisition de l’église et du cimetière dans le cas où ces biens viendraient à être aliénés au bénéfice de la fabrique de St Hilaire lès Mortagne. Ils s’engagent à faire cet achat et si besoin les réparations à venir solidairement aux frais de tous et d’en payer le montant par égales portions entre eux tous ou leurs héritiers.
Suite à cette réaction des habitants de St Sulpice, l’église ne sera pas vendue.
En 1816, un inventaire révèle que la cloche est cassée et hors de service mais garnie de ses ustensiles.
Suite à l’arrivée au pouvoir du très pieux roi Charles X en 1824 et malgré la fusion des deux communes en 1823, les habitants de St Sulpice adressèrent en février 1828 une dernière supplique à Mgr l’Evêque de Sées pour l’adjonction d’un vicaire à Mr le curé de St Hilaire afin de l’aider dans ses fonctions et de venir officier plus souvent en l’église de St Sulpice.
Cette demande resta sans doute sans suite et les offices à St Sulpice de plus en plus rare dans cette église dépourvue en partie des meubles, linges et ornements servant au culte. (0)
La dernière inhumation dans le cimetière eut lieu en 1843 et la dernière cérémonie religieuse en 1910. (26)
Vente et démolition de l’église de St Sulpice en 1926
En 1914, dans un article publié dans un bulletin de la Société Percheronne d’Histoire et d’Archéologie, René Gobillot nous révèle que l’église est désormais enfouie dans la verdure, la moisissure s’est installée partout et le cimetière est en réel abandon. Malgré quelques carreaux cassés, quelques trous dans la toiture et une arête du clocher brisée, sa conservation est toujours possible selon lui et n’occasionnerait pas de frais trop importants. (27)
Sur le dessin ci-dessous qui est une copie modifiée du dessin de Goupil de 1914, on aperçoit le clocher légèrement penché et la toiture endommagée.
Les 4 vers de Wilfrid Challemel notés sur celui-ci sont extraits d’un poème intitulé «l’église de La Chaux » publié dans son recueil « Le Promenoir » en 1903. L’église de La Chaux (près de La Ferté Macé) autrefois à l’abandon est aujourd’hui parfaitement restaurée.

En 1924 le clocher s’est effondré et, par vandalisme, un habitant a brisé les derniers carreaux et saccagé les statues restant dans l’église. Elle est désormais ouverte à tous les vents et menace ruine. Elle ne renferme plus aucun objet d’art et son état de vétusté devient tel que le conseil municipal de St Hilaire en décide l’aliénation par délibérations des 7/9/1924 et 25/11/1925. Par décret du ministre de l’Intérieur du 20/4/1926 l’église de St Sulpice cesse définitivement d’être affectée au culte. (25)
Sa mise en vente intervient en octobre 1926 ainsi qu’il apparait sur cette annonce publiée dans le journal « Le Mortagnais » du 3 octobre 1926.

Elle sera adjugée pour le prix de 2680 F à Mr Lebailly, entrepreneur de maçonnerie à Mortagne, qui en entreprit aussitôt la démolition. Les matériaux serviront à construire quelques habitations dans la région. Le grand Christ de l’arc triomphal ainsi que le retable du maître autel ont également été vendus. Nous ne savons ce qu’est devenu le reliquaire en bois de St Sulpice qui a disparu.
Le journal « Le Mortagnais » dans un article du 3 octobre 1926 lui avait rendu un dernier hommage en citant René Gobillot et son plaidoyer publié 12 ans plus tôt dans le bulletin de la Société Percheronne d’Histoire et d’Archéologie. De nouveau en 1927, René Gobillot avait publié un article dans un bulletin de la Société Percheronne d’Histoire et d’Archéologie dans lequel il s’était ému du sort de cette église et lui avait également rendu un dernier hommage en regrettant « que tout cela se soit passé au milieu de l’indifférence … et que les habitants de St Sulpice de Nully aient laissé échapper l’âme même de leur histoire ». (28) Pourtant, comme nous l’avons vu ci-dessus, un siècle plus tôt, les habitants de St Sulpice avaient multiplié les démarches pour maintenir leur église et avaient ainsi réussi à prolonger son existence.
Cette démolition fut également mentionnée dans un article du Figaro du 27 janvier 1932. Cet article nous apprend qu’en réaction à cette démolition, et pour en éviter d’autres, des personnalités et historiens ornais s’organisèrent pour aider à la sauvegarde des édifices religieux du département. En 1929, à l’initiative de Georges Creste fut fondée dans l’Orne la première « Association pour la conservation des monuments religieux ». Avec l’appui de la Société historique et archéologique de l’Orne et de la Société percheronne d’histoire et d’archéologie, sous la présidence d’honneur de Mgr Pasquet, évêque de Sées, cette association recueillit pendant de nombreuses années des cotisations et dons et aida ainsi les communes dans l’entretien et la sauvegarde de leurs églises. La fin de l’église de St Sulpice aura au moins eu l’avantage d’être un élément déclencheur pour la sauvegarde d’autres églises en péril.
En mémoire de St Sulpice de Nully
Avant la démolition de l’église de St Sulpice, un lecteur inconnu du journal « Le Mortagnais » faisait publier ces quelques lignes dans l’édition du 10 octobre 1926 : « … la petite église de Saint Sulpice de Nully est condamnée et les larmes que l’on peut verser sur elle ne la sauveront point. La pioche du démolisseur est levée sur elle.
Si nous ne pouvons conserver cette église, ne pourrait-on pas en perpétuer la mémoire et conserver, spiritualisé, le coin de terre sur lequel elle s’élève.
Comment ? En érigeant sur cette bande de terrain à la place même de l’église, un calvaire qui rappellerait aux générations présentes et futures que là une vieille église s’élevait où les ancêtres sont venus s’agenouiller, prier et accompagner leurs morts. »
Nous ne savons pas qui a écrit cet article mais en 1936, Mr de Parfouru, demeurant au château de la Grossinière à Courgeoust se rendait acquéreur de l’emplacement de l’église et du cimetière. Il décédait la même année. Pourquoi avait-il acquis ce petit terrain à l’abandon ? Y avait-il un ancêtre d’inhumé ou peut-être était-il l’auteur de ce courrier adressé 10 ans plus tôt au journal Le Mortagnais et l’avait-il acquis dans le but d’y faire ériger ce calvaire ?
L’une des héritières que j’avais contactée en 1996 m’avait déclaré ne pas connaitre le motif de l’achat de cette parcelle de terrain. Elle pensait que Mr de Parfouru avait acheté l’église avant sa destruction pour récupérer son contenu et en garnir la chapelle du château de la Grossinière à Courgeoust qui avait été dévalisée. Ce qui n’est pas possible puisqu’il avait acheté le terrain nu après démolition de l’église.
Mr de Parfouru a donc emmené avec lui le secret de cet achat dans sa tombe à moins qu’il ne soit dans les 11 mètres linéaires de documents versés par sa succession aux archives départementales de l’Orne. Volume important d’archives de cette famille que je n’ai eu ni le temps ni le courage de consulter !
Aujourd’hui, les héritiers de Mr de Parfouru sont toujours propriétaires de cette parcelle de terrain boisée sur laquelle aucun calvaire n’a été érigé.
Le calvaire de St Sulpice

A une date inconnue, un calvaire avait été élevé au carrefour de la RD 602 qui descend de la route de Moulins vers St Hilaire et du chemin qui mène au village de St Sulpice et au lieu de La Grande Fontaine. Etant lui aussi tombé sous le poids des ans, il ne restait qu’un piédestal ancien lorsqu’en 1958, quelques habitants du village envisagèrent sa restauration avec le soutien de l’abbé Planckeel nouvellement promu curé de St Hilaire et Ste Céronne. En guise de restauration, ce fut en réalité une reconstruction puisque le calvaire fut refait à neuf et le socle fut reconstruit par Raymond Dubos, maçon à St Hilaire aidé de Daniel Follet, avec des pierres provenant des restes des ruines de l’église. Cette réhabilitation est à mettre à l’initiative des habitants de St Sulpice dont notamment les familles Richard, Legoux et Paul Vandenberghe, confiseur à Tourcoing, dont le fils était missionnaire, propriétaire des terres et bâtiments de Bellevue ainsi que du terrain de l’ancien presbytère.
La bénédiction et l’installation se déroula le dimanche 18 juillet 1958. La cérémonie commença dès 10h30 par une grand’messe en l’église de St Hilaire le Châtel qui avait peine à contenir tous les habitants présents. La messe fut célébrée par Mgr Lefèvre, directeur général de l’œuvre Expiatoire de Montligeon, assisté de M le chanoine de la Marandais, directeur de l’imprimerie de la Chapelle et de M l’abbé Broux, chapelain de la basilique de La Chapelle Montligeon.
Puis à 15 h, c’est par une procession que fut acheminé la croix, portée par douze jeunes de la commune, de St Hilaire à St Sulpice, au chant des cantiques par la chorale paroissiale et la chorale de Notre Dame de Montligeon. Une fois le calvaire placé sur son socle neuf, après une éloquente intervention de M l’abbé Touchard, missionnaire diocésain ; Mgr Chorin, vicaire apostolique de Bangkok assisté de M l’archiprêtre Fauvel, curé de Notre Dame de Mortagne procéda à la bénédiction du calvaire. C’est sur demande de M. l’abbé Planckeel que Mgr Chorin avait été invité à venir de Bangkok, capitale du Siam, aujourd’hui la Thaïlande, pour procéder à cette bénédiction.
Porteurs ici : Gabriel Desavis (à gauche), Michel Jacob, Robert Chantepie et Michel Epinette.
(diaporama – photos du calvaire et de la procession) (29)
La statue de St Sulpice, le battant de cloche …

En dehors de ce calvaire, que subsiste-t-il aujourd’hui comme souvenir de l’église, de la paroisse ou de la commune de St Sulpice de Nully ?
A vrai dire, trop peu de choses :
- comme annoncé dans la présentation de ces articles, la rue de Nully, dans le bourg de St Hilaire, en souvenir du nom des seigneurs du lieu.
- la statue de St Sulpice en l’église de St
- le battant de la cloche, conservé en l’église de St Hilaire (derrière une vitre sous la bannière des Charitons de St Hilaire).
- le cachet de la mairie de St Sulpice conservé à la mairie de St Hilaire.
- sans oublier tous les documents (trop rares) dont ceux conservés aux archives départementales de l’Orne parmi lesquels le dessin de Gaston Goupil et les articles de René Gobillot, presque les seuls ayant permis de donner une description précise de la petite église.


Historique écrit en 2017 par Jacky Métivier
Glossaire
Agent national – la fonction d’agent national fut créée sous la Révolution française, pendant la Terreur. Il était chargé de représenter le gouvernement auprès des administrations des districts et des communes. Suivant l’art 14 du décret du 4 décembre 1793, les agents nationaux « sont chargés de requérir et de poursuivre l’exécution des lois, ainsi que de dénoncer les négligences apportées dans cette exécution et les infractions qui pourraient se commettre. Ils sont autorisés à se déplacer et à parcourir l’arrondissement de leur territoire pour surveiller et s’assurer que les lois sont exactement exécutées ». Cette activité de contrôle, aussi bien sur les autorités que sur les particuliers, et l’étendue de leur domaine d’intervention leur assuraient une grande puissance.
Archidiaconés – jusqu’en 1801, le Diocèse de Séez était divisé en cinq archidiaconés :
- ceux de Séez, de l’Hiesmois ou d’Exmes et du Houlme pour la Normandie ;
- ceux du Bellêmois et du Corbonnais pour le
Ces cinq archidiaconés étaient divisés en seize Doyennés :
- celui du Bellêmois en contenait deux : Bellême et La Perrière ;
- celui du Corbonnais en contenait un seul :
Commissaire de section – c’était un répartiteur chargé de l’évaluation du revenu imposable de chaque propriété d’une section cadastrale de la commune. Cette évaluation servait à la rédaction de la matrice du rôle de répartition de la contribution foncière dans la commune.
Instituée par les lois des 23 novembre et 1er décembre 1790, la contribution foncière a remplacé la Taille qui existait sous l’ancien régime et dont la Noblesse et le Clergé étaient affranchis.
décimateur – celui qui levait la dime ecclésiastique dans une paroisse. Le titulaire du bénéfice était le décimateur. Il remettait au prêtre en exercice une portion congrue de la dime.
déshérence : le droit de déshérence s’exerçait lors d’une succession vacante par défaut d’héritier.
Les biens de celui qui décédait sans avoir fait de testament et sans aucun héritier, appartenaient au roi ou au seigneur haut-justicier dans la justice duquel celui qui était décédé avait son domicile ou dans la juridiction duquel les biens dont il s’agit étaient situés.
dîme ecclésiastique – impôt représentant 1/14 ou 1/15 des récoltes qui devait être versée à l’église.
droits de justice : selon le droit féodal et les coutumes du Perche :
haute justice : Les seigneurs hauts justiciers intervenaient pour toutes actions civiles et criminelles sur le territoire de leur seigneurie. Ils pouvaient avoir un gibet (fourches patibulaires) et devaient avoir une prison sûre. Ils possédaient également les droits de moyenne et basse justice.
moyenne justice : justice seigneuriale pour toutes actions personnelles et délits punis d’amende, voir de prison.
basse justice: justice seigneuriale de compétence purement civile, concernant les devoirs féodaux et seigneuriaux entre le seigneur et ses sujets. Le Sgr bas justicier pouvait avoir un moulin dans sa seigneurie et contraindre ses sujets d’y aller faire moudre leur blé. Il avait droit de coutume (redevance payée sur chaque bête à quatre pieds nourrie, achetée et livrée dans l’étendue de son fief).
extraire les terres salpêtrées – Après la Révolution et la décapitation de Louis XVI, la France entra en conflit contre une partie de l’Europe. Les énormes besoins de salpêtre pour la fabrication de poudre de guerre, conduisit à une véritable chasse au salpêtre avec réquisition, parfois musclée, chez les particuliers qui furent ainsi dépossédés de la terre gorgée de salpêtre récupérée au bas de leurs murs. Plusieurs décrets de 1793 stipulèrent que les salpêtriers habilités pourraient, sous la surveillance des municipalités, fouiller dans tous les lieux couverts, même sans accord des propriétaires. Les municipalités furent invitées à former des ateliers communs pour y faire lessiver les terres. Fin 1793, l’extraction du salpêtre devient une cause nationale par la mobilisation de toute la population. Tous les citoyens, y compris les enfants sont invités à récolter le salpêtre sur les murs de leurs caves. Mais cette récolte sera à l’origine de débordements, car les multiples incitations et l’obligation de faire preuve de patriotisme, sous peine d’être qualifié de suspect provoquèrent un empressement dévastateur. Cet empressement aveugle doublé de fanatisme et de manque de discernement fut à l’origine d’excès : de vieilles maisons s’écroulèrent sous la pioche des salpêtriers.
On peut donc penser que Rousselin et ses amis se sont servis de cette cause pour extraire abusivement le salpêtre des étables du presbytère au point d’en affaiblir les murs pour ensuite les faire abattre.
franc alleu : terre libre dont le propriétaire ne relevait d’aucun seigneur et qui ne répondait à aucune obligation de payer un droit féodal pour l’exploiter. Ces terres libres étaient donc censées relever de la justice du Roi.
portion congrue – revenu nécessaire à la vie et à l’entretien de celui qui remplit une charge ecclésiastique ; pension annuelle que payait le titulaire du bénéfice au prêtre qui desservait son bénéfice.
Pouillé : c’est un registre ecclésiastique qui dénombre tous les bénéfices ecclésiastiques situés dans un domaine géographique donné. Sur le pouillé conservé aux archives diocésaines de Sées figure le nom de tous les prêtres nommés dans chaque paroisse depuis le milieu du XVème siècle.
présentateur au bénéfice ecclésiastique – propriétaire ou patron de l’église qui avait la charge d’assurer un service religieux dans la paroisse avec le droit de percevoir en contrepartie les revenus attachés à ce service (dime). Il avait le droit de choisir le prêtre, l’Evêque gardant la confirmation spirituelle.
Bibliographie – Sources
- D. Orne – série E dépôt 205/
- Cartulaire de l’abbaye de Notre-Dame de la Trappe –publié par SHAO en 1889
- Recueil des Antiquitez du Perche – Bart des Boulais
- Cartulaire de l’abbaye de Sainte-Trinité de Tiron – L Merlet – 1883
- Fragments historiques sur le Perche – F. Pitard – 1877
- D. Orne – fonds J Besnard
- D. Orne – séries G et 1E
- Cahiers percherons – 1990-1
- D. Orne – cote G 1091
- https://www.geoportail.gouv.fr/donnees/carte-de-cassini/
- BNF-Gallica : bulletin SPHA 1914(T13-page 139) et Médiathèque de Mortagne : livret « L’église de Saint Sulpice de Nully » – 1914 – par René Gobillot
- BNF Gallica (carte du diocèse de Séez – 1718) > https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53052749s/f1.item.zoom
- Histoire et cartulaire de Saint Denis de Nogent le Rotrou –Vte de Souancé – 1899
- L’Eglise Collégiale et Royale de Toussaint à Mortagne – Jean Vigile (cahiers percherons)
- D. Orne – séries 1Q et E dépôt
- archives diocésaines
- BNF Gallica : Histoire religieuse de Mortagne –
- BNF Gallica : bulletin SHAO – tome 1
- BNF Gallica : Coustumes des pays, comtés et bailliage du Grand Perche
- D. Orne – cote L 6899
- D. Orne – registres paroissiaux
- BNF Gallica : bulletin SHAO – tome 24 et Armorial de 1696
- BNF Gallica : bulletin SHAO – tome 23
- D. Orne – cote L 2904
- D Orne : série V
- D. Orne : série Z
- D. Orne : cote O 695
- BNF-Gallica – bulletin SPHA – tome XIII
- BNF-Gallica – bulletin SPHA – tome XXV
- photos – collection Gabriel Désavis



